Prosper Mrime : La Venus d'Ile 

Tout en mangeant de bon apptit, car rien ne dispose mieux que l'air vif des montagnes, j'examinais mes htes. J'ai dit un mot de M. de Peyrehorade ; je dois ajouter que c'tait la vivacit mme. Il parlait, mangeait, se levait, courait  sa bibliothque, m'apportait des livres, me montrait des estampes, me versait  boire ; il n'tait jamais deux minutes en repos. Sa femme, un peu trop grasse, comme la plupart des Catalanes lorsqu'elles ont pass quarante ans, me parut une provinciale renforce, uniquement occupe des soins de son mnage. Bien que le souper ft suffisant pour six personnes au moins, elle courut  la cuisine, fit tuer des pigeons, frire des milliasses, ouvrit je ne sais combien de pots de confitures. En un instant la table fut encombre de plats et de bouteilles, et je serais certainement mort d'indigestion si j'avais got seulement  tout ce qu'on m'offrait. Cependant,  chaque plat que je refusais, c'taient de nouvelles excuses. On craignait que je ne me trouvasse bien mal  Ille. Dans la province on a peu de ressources, et les Parisiens sont si difficiles ! 

Au milieu des alles et venues de ses parents, M. Alphonse de Peyrehorade ne bougeait pas plus qu'un Terme. C'tait un grand jeune homme de vingt-six ans, d'une physionomie belle et rgulire, mais manquant d'expression. Sa taille et ses formes athltiques justifiaient bien la rputation d'infatigable joueur de paume qu'on lui faisait dans le pays. 
