Gustave Flaubert : Trois Contes, La lgende de Saint Julien l'Hospitalier 

Le pre et la mre de Julien habitaient un chteau, au milieu des bois, sur la pente d'une colline. 

Les quatre tours aux angles avaient des toits pointus recouverts d'cailles de plomb, et la base des murs s'appuyait sur les quartiers de rocs, qui dvalaient abruptement jusqu'au fond des douves. 

Les pavs de la cour taient nets comme le dallage d'une glise. De longues gouttires, figurant des dragons la gueule en bas, crachaient l'eau des pluies vers la citerne; et sur le bord des fentres,  tous les tages, dans un pot d'argile peinte, un basilic ou un hliotrope s'panouissait. 

Une seconde enceinte, faite de pieux, comprenait d'abord un verger d'arbres  fruits, ensuite un parterre o des combinaisons de fleurs dessinaient des chiffres, puis une treille avec des berceaux pour prendre le frais, et un jeu de mail qui servait au divertissement des pages. De l'autre ct se trouvaient le chenil, les curies, la boulangerie, le pressoir et les granges. Un pturage de gazon vert se dveloppait tout autour, enclos lui-mme d'une forte haie d'pines. 

On vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s'abaissait plus; les fosss taient pleins d'eau; des hirondelles faisaient leur nid dans la fente des crneaux; et l'archer qui tout le long du jour se promenait sur la courtine, ds que le soleil brillait trop fort rentrait dans l'chauguette, et s'endormait comme un moine. 
